Brigitte Bardot s’en est allée, à l’âge de 91 ans. Si elle fut l’un des visages les plus célèbres du cinéma français, réduire Bardot à ses rôles serait une erreur historique.
Elle fut surtout une force esthétique et culturelle, capable d’influencer durablement la mode, la beauté et même les pratiques de grandes maisons.
Brigitte Bardot ne commentait pas la mode : elle la provoquait, souvent malgré elle. Et cette influence, loin de s’éteindre, continue aujourd’hui de structurer des marques, des collections et une certaine idée de la féminité.
Bien entendu on ne peut pas ne pas évoquer le combat de sa vie : la lutte pour la protection des animaux. Celle ci influença naturellement également largement son influence jusqu’à changer la donne dans le monde la mode …
Bardot n’a jamais cherché à être tendance. Elle a sublimé la simplicité, déplacé les lignes, imposé une féminité affranchie des carcans sociaux, esthétiques et moraux. Ce qu’elle a porté continue de se vendre, de s’imiter, de s’interpréter. La preuve ultime d’une influence durable.
Sublimer la simplicité : l’essence du style Brigitte Bardot
Brigitte Bardot avait ce talent rare : magnifier des pièces simples, sans jamais les intellectualiser. Une marinière, une jupe ample, des ballerines plates, un pantalon corsaire… Rien de spectaculaire, tout devient iconique.
Son style repose sur un équilibre subtil :
- sensualité sans sophistication,
- décontraction assumée,
- mélange constant des genres.
Le vestiaire Bardot conjugue le masculin-féminin, le western, le glamour et une forme de nonchalance très française. Une esthétique qui, aujourd’hui encore, paraît tellement contemporaine.
Les ballerines Repetto : de la danse à la rue, naissance d’un mythe
Avant d’être actrice, Brigitte Bardot était une danseuse classique. Elle connaît intimement les chaussons Repetto, réputés pour leur souplesse.
En 1956, elle demande à la maison de lui créer une ballerine aussi confortable qu’un chausson, mais plus féminine, plus désirable.
Ainsi naît la ballerine Cendrillon, réalisée selon le savoir-faire unique du cousu retourné : la chaussure est cousue à l’envers avant d’être retournée, garantissant une flexibilité incomparable.
Cette ballerine est devenu le modèle iconique de la maison Repetto, de loin leur pièce la plus vendue et ce dans le monde entier ! Ils sont reconnus comme la marque de ballerine !
Bardot immortalise ce modèle en rouge carmin dans Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim. Le choc est immédiat. Jusque-là réservée à la danse, la ballerine descend dans la rue, traverse l’Atlantique et s’impose jusqu’à Hollywood.

Portée avec des jupes midi amples, un pantalon cigarette ou corsaire, la ballerine devient un symbole d’élégance libre. Aujourd’hui encore, la Cendrillon reste l’un des modèles emblématiques de Repetto, décliné en multiples coloris et matières. Une version plus échancrée a toutefois été conçue pour une allure plus moderne.
Imprimé vichy : Quand Brigitte Bardot transforme le banal en culte
En 1959, Brigitte Bardot épouse Jacques Charrier dans une robe vichy rose, à manches trois-quarts, ornée de broderie anglaise. Un choix radical à une époque où le blanc règne sur les mariages.

Jusqu’alors, le vichy évoque les torchons de cuisine ou les pots de confiture. Bardot le rend désirable. Le créateur de la robe, Jacques Esterel, expliquera avoir voulu évoquer “les petites bergères du XVIIIe siècle”. Résultat : des millions d’exemplaires vendus dans le monde.
Des décennies plus tard, l’imprimé continue de générer du désir. En 2010, Lancel lance une ligne de sacs “B.B.”, doublés de vichy rose vif. La preuve que le mythe Bardot reste commercialement puissant.
Marinière, épaules dénudées et codes revisités par Brigitte Bardot !
Si Gabrielle Chanel a féminisé la marinière, Brigitte Bardot lui offre une visibilité mondiale. Dans Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963), elle la porte ample ou près du corps, souvent accompagnée d’un bandeau, autre signature visuelle.


Elle est aussi à l’origine de la popularisation d’une forme d’encolure : l’encolure Bardot.
Ce décolleté dévoilant de part et d’autre les épaules et le haut du buste, parfois en forme de cœur, porte aujourd’hui son nom.
Il est résolument audacieux, surtout pour l’époque ! Il incarne avec délicatesse une sensualité douce, jamais agressive, devenu désormais un classique du vestiaire féminin.
Cette encolure témoigne d’une audace de la jeune actrice qui n’avait que faire des injonctions patriarcales à l’égard des femmes. Ses choix vestimentaires ont aidé à l’émancipation de la femme même si ce n’était qu’alors par des bouts de tissus portés en apparence négligemment mais toutefois avec une intention certaine …
Western, cuir et liberté : Bardot hors des sentiers battus
À la fin des années 1960, Brigitte Bardot adopte une esthétique plus brute.
Micro-robes de cuir, cuissardes créées pour elle par Roger Vivier, esprit western affirmé. Elle chante qu’elle n’a “besoin de personne en Harley Davidson”.

Dans les années 1970, elle devient adepte du style Roberto Cavalli, installé à Saint-Tropez, mêlant jean, cuir et imprimés animaliers. Encore une fois, Bardot anticipe des tendances qui domineront la mode bien plus tard.
Volumes blonds et regard de biche : une beauté copiée à l’infini
Cheveux détachés, chignon crêpé, “choucroute”, volumes exagérés : la coiffure Bardot est abondamment copiée.
Souvent soulignée par un bandeau, elle met en valeur un autre marqueur clé : le regard. Bardot popularise l’eyeliner, le regard charbonneux, les yeux de biche.
Un look signature beauté qui traverse les décennies et structure encore l’imaginaire glamour. Elle est d’ailleurs bien souvent copiée que ce soit dans des édito beauté ou mode des plus grands magazines ou par les makeup artistes du monde entier !
Son style évoque une allure à la fois impertinent et sophistiquée qui restera longtemps dans l’imaginaire collectif comme une allure rebelle assumée.
BB alias Brigitte Bardot : Quand une image devient un style signé !
La marque Brigitte Bardot (BB) prolonge cette esthétique : prêt-à-porter, lingerie, bain.
Les collections traduisent ses codes : sensualité libre, simplicité des lignes, esprit rétro, féminité non corsetée. BB n’est pas une marque de façade. C’est une continuité stylistique, cohérente, fidèle à son image.
Collaborations et licences : un héritage vivant
L’univers Bardot se décline à travers de nombreuses collaborations :
- Pull&Bear, Anthropologie : capsules mode inspirées de son image.
- Bagllerina : ballerines en hommage direct à son héritage.
- French Baskets, JENNE (Japon) : diffusion internationale.
- BARDOT. Vegan Beauty : soins capillaires vegan, alignés avec ses convictions.
- Collaborations culturelles et lifestyle prolongeant son aura.
Ces projets prouvent que le style Bardot n’est pas figé : il se transmet.

Défense animale : un combat qui a transformé la mode
Brigitte Bardot n’a jamais dissocié esthétique et éthique. Son combat contre la maltraitance animale, porté par la Fondation Brigitte Bardot, a profondément marqué l’industrie.
Par ses prises de position répétées contre la fourrure et les matières issues de la souffrance animale, elle contribue à faire évoluer l’opinion publique. Sous cette pression, de nombreuses maisons renoncent progressivement à la fourrure.
Aujourd’hui, le “fur-free” est revendiqué comme une avancée. Bardot en fut l’une des pionnières, sans stratégie marketing, par conviction pure.
Une icône dont la mode porte encore la trace
Brigitte Bardot disparaît, mais son influence demeure palpable.
Dans une ballerine, une mini-jupe, un imprimé vichy, un regard charbonneux ou une prise de conscience éthique. Elle a fait de la mode un langage de liberté.
Et c’est précisément pour cela que son style continue de vivre.








