Le diable s’habille en Prada 2 : quand la nostalgie vire à la parodie !

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Chloé Simone
Chloé Simone
Passionnée de mode j'ai créé en 2010 mon blog mode Chloe Handbag Addict. Au fil des années et de mes découvertes, j'ai eu envie de vous faire découvrir tout mon univers et donc naturellement également mes autres passions : la beauté, les voyages, la cuisine, le sport et bien sur toujours plus de bons plans...

Le diable s'habille en Prada 2Vingt ans après avoir marqué toute une génération, Le diable s’habille en Prada revient avec une suite forcément très attendue. Trop attendue, peut-être. D’ailleurs on sait tous que les suites égalent rarement l’oeuvre originale mais pour autant notre curiosité l’emporte, on ne peut s’empêcher d’y retourner malgré tout …

Car le premier film n’était pas simplement une comédie sur la mode. Il avait réussi quelque chose d’assez rare : rendre fascinant un univers souvent caricaturé, tout en restant profondément ancré dans une réalité très concrète. Celle des rédactions mode, du pouvoir, de l’ambition, des sacrifices professionnels et de l’obsession de l’excellence.

Et c’est précisément ce qui manque à cette suite ! Là où le premier film observait le monde de la mode avec cynisme, précision et réalisme, le second semble surtout fasciné par sa propre nostalgie.

Un premier film devenu culte parce qu’il racontait une histoire vécue !

Il faut se rappeler d’où vient réellement Le diable s’habille en Prada. Le film est adapté du roman de Lauren Weisberger, elle-même ancienne assistante chez Vogue US. Son expérience auprès de Anna Wintour a été racontée dans son livre sans rien omettre ou enjoliver (d’ailleurs le second film plonge clairement dans le meta à ce sujet)

Et c’est justement ce réalisme qui faisait toute la force du film. Au-delà des vêtements et des répliques devenues iconiques, le premier opus parlait surtout :

  • du pouvoir féminin
  • de la violence sociale du milieu
  • de l’élitisme
  • de l’ambition
  • mais aussi du prix à payer pour réussir.

Miranda n’était pas simplement “méchante”. Elle représentait une femme puissante dans un monde où les hommes autoritaires sont souvent admirés tandis que les femmes reçoivent elles des critiques acerbes et souvent injustes.

Le film montrait également une industrie encore toute-puissante : celle de la presse papier, des rédactrices en chef intouchables, des magazines capables d’imposer les tendances au monde entier.

Et c’est précisément pour cela que cette suite avait entre les mains un sujet absolument passionnant. Elle aurait pu explorer ce monde de la mode en profondeur, ce qu’il est devenu, les défis auxquels il a du faire face dans un monde en pleine mutation du à l’avènement du digital.

Ce n’est malheureusement pas l’option qui a été retenue. A force de vouloir satisfaire simultanément les nostalgiques du premier film et les nouveaux codes de consommation ultra-rapides des réseaux sociaux, il finit par diluer ce qui faisait son identité. C’était selon moi sous estimer le public qui avait pourtant adoré le premier pour son réalisme.

Le diable s’habille en Prada 2 passe malheureusement complètement à côté du vrai sujet.

Car en vingt ans, le monde de la mode et de la presse a radicalement changé. Le groupe Condé Nast a connu d’importantes restructurations. Plusieurs éditions papier ont disparu, comme celle de Teen Vogue. Les médias mode doivent désormais survivre dans un monde dominé par le digital, les réseaux sociaux et l’instantanéité.

Aujourd’hui, une tendance naît sur TikTok et peut être consommée quelques heures plus tard via le e-commerce ou la fast fashion. Le rapport au vêtement, au luxe et même à l’information mode n’a plus rien à voir avec celui des années 2000. Le film avait donc déjà son véritable fil rouge.

Le diable s'habille en Prada 2

Là où le premier film avait réussi avec excellence à dépeindre de façon acérée mais juste la réalité toute crue du monde de la mode, le deuxième film en rajoute tellement qu’il n’aboutit qu’à une version parodique là où on aurait pu creuser et montrer l’évolution de la presse à l’ère du digital et les véritables enjeux qui y sont associés sans jamais perdre ce qui fait l’essence même de la mode : son humour piquant, son élégance et son irrévérence.

Au lieu de cela, le scénario préfère une intrigue artificielle autour de rachats milliardaires superficiels et creux (pour ne pas dire parodiques) et d’enjeux presque déconnectés du réel. Et c’est là que le film perd complètement son identité.

Le diable s'habille en Prada 2

Un film qui ressemble parfois à un gigantesque TikTok

L’un des aspects les plus déroutants reste la mise en scène elle-même. Caméra constamment en mouvement, zooms permanents, montage ultra-fragmenté, plans qui s’enchaînent à une vitesse absurde… Le film finit parfois par devenir fatigant à regarder. J’ai même eu un haut le coeur à un moment …

Par moments, on a presque l’impression d’assister à une succession de contenus pensés pour être découpés en extraits viraux plutôt qu’à un véritable film. Et c’est précisément ce qui empêche toute émotion de s’installer.

Les intrigues ressemblent à des fragments :

  • une pseudo romance pour Andy à peine développée
  • des sous-intrigues abandonnées aussi vite qu’elles apparaissent
  • des personnages secondaires qu’on ne connaît jamais vraiment (donc impossible de s’y attacher)

Le premier film prenait le temps d’installer une tension dramatique. Ici, tout semble fonctionner par micro-séquences. Le film se perd entre nostalgie poussée jusqu’au méta et mise en scène sous dopamine permanente digne de TikTok ; à vouloir plaire à tout le monde, il finit par perdre ce qui faisait précisément son identité et son piquant.

Là, il ne reste finalement qu’un goût de cupcake trop sucré, suradapté à la nouvelle génération, là où le premier film ressemblait davantage à un macaron délicat : élégant, précis et subtilement acide.

Des personnages devenus incohérents

Le diable s'habille en Prada 2Le problème touche également les personnages eux-mêmes.

Andy, incarnée par Anne Hathaway, reste probablement celle qui s’en sort le mieux. Mais son évolution manque parfois cruellement de réalisme. Finalement elle n’a pas évolué tant que ça dans sa façon de penser et d’être … alors qu’en vingt ans toute personne normale évolue.

On nous explique qu’elle possède désormais une brillante carrière journalistique, tout en la montrant dans une situation financière presque incohérente… avant qu’elle ne change brutalement de vie du jour au lendemain. Elle accepte cette nouvelle opportunité comme le saint graal alors que c’est précisément ce qu’elle a rejeté pendant deux décennies avec une attitude naïve ridicule.

Plus étrange encore : son arrivée à un poste aussi central dans la mode paraît peu crédible. Andy a construit son parcours dans le journalisme, pas dans la direction éditoriale mode pure. Dans la réalité, ce type d’ascension éclair chez Vogue US est juste inconcevable. D’ailleurs la récente nomination de Chloé Malle qui a remplacé Anna Wintour chez Vogue en est la preuve éloquente …

 Quand les personnages deviennent des archétypes

Le personnage d’Emily, joué par Emily Blunt, est lui aussi frustrant. Son évolution professionelle commence pourtant de façon intéressante, notamment lorsqu’on évoque le fait qu’elle soit une excellente exécutante sans forcément posséder la vision créative nécessaire pour devenir une véritable figure de mode. Et pour le coup, c’est très réaliste.

Dans ce milieu, aimer la mode, être brillante et travailler énormément ne suffit pas toujours. Il faut aussi posséder une vision, un instinct, une capacité à anticiper les mouvements culturels. Malheureusement, le personnage finit ensuite par devenir beaucoup plus superficiel et presque caricatural.

Quant à Miranda, elle oscille constamment entre hommage et caricature. Le parallèle avec Anna Wintour reste évident, d’autant que cette dernière est devenue directrice des contenus mondiaux de Condé Nast, exactement le type de fonction convoité dans le film.

Mais certaines scènes donnent parfois l’impression de réduire Miranda à une figure vieillissante presque dépassée, ce qui devient assez maladroit. Surtout lorsqu’on sait qu’Anna Wintour est toujours pleinement active aujourd’hui.

Heureusement, Le diable s’habille en Prada 2 a évité le pire

Autre soulagement : cette suite n’est finalement pas adaptée du roman sequel de Lauren Weisberger : La Vengeance en Prada – Le retour du diable. C’est clairement une bonne nouvelle !

En effet ce roman donnait l’impression de vouloir prolonger artificiellement le succès du premier livre. Cette suite littéraire semblait davantage portée par le phénomène culturel du premier opus que par une réelle nécessité narrative.

D’ailleurs elle a même renommé récemment un de ses livres pour faire du Diable s’habille en Prada une trilogie alors que ce livre (très bon au demeurant) est complètement décorellé de l’histoire de départ on y retrouve juste le personnage d’Emilie dans une toute autre histoire sans aucun rapport avec la mode …

Trilogie Diable s’habille en Prada de Lauren Weisberger (uniquement dispo sur le marché hispanique)

Opportunisme quand tu nous tiens, c’est certainement un choix marketing mais c’est assez décevant … surtout de la part d’une auteure (pourtant talentueuse, je l’adore) qui n’a rien écrit depuis 4 ans !

Le diable s'habille en Prada 2
La cape d’Emily ne vous rappelle rien ? …

C’est probablement une bonne chose que le Diable s’habille en Prada ne se soit pas calqué sur l’histoire du film car c’est le seul livre que je n’ai pas aimé de Lauren Weisberger. J’aime énormément les romans de Lauren Weisberger, je vous ai d’ailleurs déjà parlé de plusieurs de ses livres.

Ironiquement, l’autrice apparaît pourtant comme consultante sur cette suite cinématographique.

Le vrai choc : la mode n’a plus la même âme

Visuellement aussi, la différence se ressent immédiatement. La costumière culte du premier film, Patricia Field, n’est plus présente sur cette suite (trop occupée sur Emily in Paris) remplacée par Molly Rogers. C’était ma plus grande crainte et cela se voit énormément. Cependant je suis plus mitigée que j’aurais pensé l’être !

Le premier film possédait des silhouettes immédiatement reconnaissables, capables de raconter quelque chose des personnages. Ici, beaucoup de looks sont juste ratés. Ils ressemblent davantage à des tenues banales (parfois même peu avantageuses) qu’à une véritable narration mode. Je trouve que le contraste entre les looks des deux films est assez flagrant avec des silhouettes beaucoup moins flatteuses …

Looks d’Andy Sachs du film original Le diable s’habille en Prada vs/ ceux de la suite

Looks du Diable s’habille en Prada 2 : Entre réussites absolues et banalité !

Certains looks d’Emily ou Andy sauvent la mise mais globalement c’est tout de même décevant. Malgré le changement de tenues incessant on assiste pas au véritable défilé de mode grandiose dont le premier nous a gratifié. On a bien envie de reproduire quelques looks mais pas la majorité malheureusement …

Le diable s'habille en Prada 2

Heureusement, quelques personnages sauvent encore l’ensemble : Nigel (incarné par l’excellent Stanley Tucci) reste probablement le seul personnage à réellement dégager cette sophistication mordante qui faisait l’ADN du premier film.

Ses looks montre l’élégance et le sens de la beauté qui le caractérise. Il a toujours autant de panache et reste fidèle à lui même. Il a gardé ses valeurs. Le personnage a d’ailleurs une petite récompense dans le film (assez minime toutefois). Stanley Tucci l’incarne à la perfection. Il dégage toujours ce style dandy irrésistible !

Mon coup de coeur absolu va toutefois à l’assistante de Miranda qui possède de loin les silhouettes les plus intéressantes du film. Des looks extrêmement structurés, ambitieux, élégants, presque stratégiques dans leur manière d’exprimer une forme de pouvoir silencieux.

D’ailleurs, cela m’a donné envie de consacrer prochainement un article à ces figures d’assistantes souvent sous-estimées dans les films et séries, ces femmes de l’ombre dont le style raconte souvent mieux que les héroïnes elles-mêmes leur ambition et leur futur pouvoir. Ses looks dans le film incarnent à la perfection cette ambition.

Qui a dit que les assistantes n’étaient pas super lookées ?

Il y a tout de même quelques looks réussis. On se demande pourquoi tous les looks n’ont pas été travaillé avec la même constance. Dans ce genre de film, la mode n’était pas un simple décor : c’était un langage. Il devient alors un des personnages principaux, elle se devait donc d’être incroyable tout du long et ce ne fût malheureusement pas le cas …

Le diable s'habille en Prada 2

Une nostalgie qui finit par révéler un cruel manque d’idées

Bien sûr, une suite comme celle-ci devait forcément jouer avec la nostalgie. Et certains clins d’œil fonctionnent très bien lorsqu’ils restent subtils. Le rappel du célèbre pull bleu céruléen, par exemple, est intelligent parce qu’il reste discret.

Mais le film finit malheureusement par aller beaucoup trop loin. Certaines scènes semblent presque rejouées plan par plan, comme si le film recyclait directement ses propres moments cultes au lieu de construire quelque chose de nouveau. Et c’est précisément là que la nostalgie devient problématique : lorsqu’elle remplace totalement la créativité. On finit alors avec la sensation étrange de regarder non pas une véritable suite, mais une version auto-parodique du film original.

Verdict pour Le diable s’habille en Prada 2 !

Le diable s’habille en Prada 2 n’est pas un désastre absolu. Le film reste parfois divertissant, certains personnages conservent leur charme et quelques dialogues retrouvent brièvement le mordant du premier opus. Mais il manque l’essentiel : une vision claire.

Là où le premier film racontait avec précision un monde bien réel, Le diable s’habille en Prada 2 semble constamment hésiter entre satire, nostalgie et adaptation aux nouveaux codes ultra-rapides des réseaux sociaux. Et c’est probablement ce qui la rend si frustrante. Car derrière cette version trop sucrée, trop agitée et parfois presque caricaturale, on aperçoit malgré tout le grand film qu’elle aurait pu devenir.

Le Diable s’habille en Prada : La comédie musicale à Londres !

Et si le coeur vous en dit il y a toujours la comédie musicale Le diable s’habille en Prada inspiré de l’histoire originale qui se produit en ce moment même à Londres. La musique est signée par le grand Elton John !

On y retrouve l’actrice américaine Vanessa Williams dans le rôle de Miranda Priestly (on se souvient d’elle avec délice dans un rôle similaire dans Ugly Betty)

Vanessa Williams dans la comédie musicale Le Diable s’habille en Prada à Londres

2 commentaires

  1. Je suis un peu comme toi je suis un peu déçue de ce nouvel opus, j’en espérais tellement que c’est surement normal d’être déçue mais tout de même avec tout ce tapage médiatique c’est dommage de ne délivrer qu’un film si peu abouti et surtout aussi parodique au secours ! On dirait un remake raté du premier en somme !

    • Hello Lynn !

      Je n’ai qu’une chose à te dire pour te répondre je ne pourrais être plus d’accord avec toi et c’est pour ça que j’ai décidé d’écrire cet article !

      A bientôt !

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